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Résumé: Force of Nature, le nouvel album de Sara Aldén, s’impose comme une œuvre nordique de jazz-folk d’une puissance discrète, mêlant vocalises intimes, phrasé d’inspiration classique et textures jazz subtiles. Ancré dans des thématiques d’écologie, de deuil et de renouveau, il se déploie comme un voyage introspectif à travers le son et la nature. Si son approche volontairement retenue peut parfois sembler en retrait, sa profondeur émotionnelle et la poésie de sa narration récompensent une écoute patiente.
Force of Nature de Sara Aldén: une méditation nordique jazz-folk sur l’écologie et le renouveau
Dès les premières mesures de Force of Nature, la voix de Sara Aldén s’impose presque nue, claire, posée, et d’une retenue immédiatement saisissante. Un timbre façonné par une longue tradition nord-européenne, où la sobriété vocale pèse souvent davantage que l’ornementation. Mais la chanteuse suédoise ne se contente pas d’inscrire son travail dans cet héritage: elle s’empare aussi d’une préoccupation majeure de son époque et de sa région, l’écologie.
Son nouveau projet prend son titre au sérieux. Force of Nature ne relègue pas la conscience environnementale à un simple arrière-plan: elle en fait un principe structurant, presque moteur. Entre folk nordique et jazz contemporain, dans une esthétique de chambre épurée, Sara Aldén navigue avec fluidité entre phrasé classique et intimité folklorique. Aux côtés de son trio de longue date, Daniel Andersson Runevad à la contrebasse et August Björn aux claviers, elle construit un univers sonore ancré dans la tradition tout en s’ouvrant à des expérimentations subtiles.
Au cœur de l’album se dessine un récit de régénération : la graine qui surgit après l’effondrement, l’étincelle née du silence. «Il est question de force vitale, de désir, de passion, de deuil et d’amour», explique l’artiste. «Pas seulement l’amour romantique, mais celui de soi, de son enfant, de la Terre. C’est une musique du mouvement, de l’élan vers l’avant.»
Les projets à forte dimension conceptuelle ne sont pas rares dans la scène scandinave, où la cohérence d’ensemble et l’atmosphère priment souvent dans la création musicale. Ce qui distingue toutefois Sara Aldén est son attention particulière à la structure poétique, au récit et à une forme de dramaturgie musicale. Chaque phrase est ciselée avec une précision assumée, comme guidée par un souffle maîtrisé, à la recherche d’une beauté plus insaisissable, presque transfigurée.
Cette sensibilité apparaît avec une acuité particulière sur Lean On Me, en collaboration avec l’un des trombonistes et compositeurs les plus respectés d’Europe, Nils Landgren. Si l’album demeure fondé sur l’interaction intime du trio, il élargit sa palette grâce à des collaborations choisies avec Hannes Bennich, Nils Landgren et Michelle Willis. Ces artistes ne sont pas convoqués pour des raisons de prestige ou d’affinité de genre, mais pour leur accord profond avec la vision de la musicienne. «Ces collaborations reposaient sur la confiance, souligne-t-elle, sur des valeurs partagées. C’était l’essentiel.» Le processus d’enregistrement privilégie ainsi l’immédiateté et la vulnérabilité, laissant l’émotion, davantage que la perfection technique, façonner le résultat final.
Si le disque n’est pas publié sur le label allemand de jazz influent ACT, la présence de figures comme Michelle Willis ou Nils Landgren témoigne néanmoins d’une ambition artistique certaine. Ce qui débute comme une œuvre feutrée, presque retenue, se déploie progressivement, morceau après morceau. L’entrée de Landgren sur le troisième titre marque un tournant discret, introduisant une dynamique nouvelle qui irrigue la suite de l’album.
Il arrive toutefois que cette retenue même devienne une limite. Le choix constant de l’atmosphère tend parfois vers l’abstraction, mettant à l’épreuve la patience de l’auditeur. Mais lorsque l’ensemble trouve son équilibre, il s’impose avec une force tranquille.
Pour un public américain, Force of Nature pourra apparaître comme une œuvre d’étrangeté, sans jamais verser dans l’exotisme démonstratif. Son attrait réside plutôt dans son intériorité, dans l’expression d’une sensibilité européenne plus contemplative et retenue. Ce n’est pas un album qui exige l’attention: il la conquiert, lentement, en révélant progressivement ses contours.
Une œuvre qui récompense la patience, moins un manifeste qu’une apparition progressive.
Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News
PARIS-MOVE, April 12th 2026
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MUSICIANS:
Sara Aldén | vocals
August Björn | piano, keyboards, vocals
Daniel Andersson Runevad | double bass, vocals
Guest musicians:
Nils Landgren | trombone
Becca Stevens | vocals, mandolin
Emma Frank | vocals
Hannes Bennich | alto saxophone
Alma Möller | viola
Terese Lien Evenstad | violin
Maja Lindgren | vocals
Lotta Lindgren | vocals
Elise Malmström | vocals
Tove Edvardson | vocals
Eira Hjärtstam | vocals
Madeleine Finck Björgen | vocals
Johannes Lundberg | vocals
Track Listing:
World
The Rain feat. Hannes Bennich
Lean On Me feat. Nils Landgren
You Taught Me
Unlearn feat Michelle Willis
Come
The Seed
This Tree Once Used to Bloom
Hands Full of Love
In the End
