AÏOLI TEMPLE – Histoire Navrante de Marius Paoli

℗ Disques Tchoc
Livre + CD
AÏOLI TEMPLE - Histoire Navrante de Marius Paoli

AÏOLI TEMPLE – HISTOIRE (NAVRANTE) DE MARIUS PAOLI

UN LIVRE, UNE BD, UN CD, ECOUTE EN LIGNE, PAR AÏOLI TEMPLE

Les ailes de la Rolls effleuraient les parapets de la corniche Kennedy, cette célèbre corniche marseillaise décrite avec imagination et inventivité dans le roman de Maylis de Kérangal, quand m’étant malgré moi égaré, nous arrivâmes ma Rolls et moi dans une zone dangereuse, un endroit isolé. Princesse des ténèbres, archange maudit, amazone modern style que le sculpteur, en anglais, surnomma «Spirit of Ecstasy». Ainsi je déconnais avant que je ne perde le contrôle de la Rolls. La voiture dériva et un heurt violent me tira soudain de ma rêverie. Merde! J’aperçus le costard rayé trois pièces façon gang de la brise de mer, de ce type patibulaire, légèrement gauche et emprunté, ainsi que ses pompes bicolores du style mafioso membre éminent de la Camorra napolitaine ou pizzaïolo du vieux port, Smith & Wesson 11.43 dans un holster d’épaule à la Eliot Ness, pierre angulaire intraitable des incorruptibles période prohibition tous azimuts, gouaille à la Lino Ventura, Martini Gin et olives vertes, sorti tout droit d’un film de Georges Lautner, mais cependant au charisme plus proche de Joe Dalton et de Rantanplan que d’André Pousse et au QI d’une huître Marennes Oléron. Indubitablement, cet olibrius aux cheveux couleur noir ébène, soigneusement gominés à rendre jaloux Elvis et Dick Rivers réunis, toison normale d’un insulaire né à Furiani, aux fringues sentant la naphtaline, et qui vient de faire connaissance avec le pare-chocs de ma Rolls-Royce, n’est pas un prix Nobel, ni un futur chroniqueur chez Hanouna. Dandy sur le retour, suranné à souhait, aux antipodes de George Brummell ou d’Oscar Wilde, là nous sommes plus proche des pieds-nickelés, de l’armée mexicaine ou des bidasses en folie, que de Gaëtan Zampa, de la French Connection, du gang de la Belle de Mai ou de la DZ Mafia. Requiem pour un con nouvelle mouture?

Je lui posais illico la question suivante, tout en m’inquiétant de son intégrité physique, le costard un tantinet froissé et la coupe de cheveux à la Rudolph Valentino, légèrement en bataille: «Tu t’appelles comment?». L’intéressé me répondit alors avec un fort accent de Bastia et une haleine fétide, à mi-chemin entre l’aïoli qui essaie en vain de prendre la poudre d’escampette, la tapenade aux anchois qui lancent des SOS désespérés et l’excès de Pastis 51:
– Paoli.
– Paoli comment?
– Paoli Marius!

C’est une évidence, cette œuvre singulière et monumentale du collectif Aïoli Temple (de Marseille), proposant un livre BD et un CD, est l’attrait, la curiosité et l’engouement frénétique de ce début de printemps 2026.

De la rue Terrusse à la Canebière, et même de Pigalle à Montreuil, tout le monde ne parle que de l’histoire navrante de Marius Paoli, sympathique loser corse, tueur à gages de surcroît, sur les traces d’Ulysse et Elias Rossi afin de les refroidir et de leur faire passer le goût du pain, dans une montée incontrôlable d’hormones mâles sans foi ni loi, allant des androgènes à la testostérone. Bref, un perdant magnifique se situant entre Stan Laurel et Pierre Richard dans Le Grand Blond Avec Une Chaussure Noire, pour les facéties clownesques et autres mystifications de bon aloi… Comme disait l’inénarrable Bernard Tapie avec son sourire carnassier et son accent de Ménilmontant à la Maurice Chevalier (Tapie cité à plusieurs reprises au sein de cette histoire “navrante”): «Il fallait être sévèrement burné pour faire du business à Marseille dans les années 60». Un remake en technicolor du Bonnie and Clyde de Gainsbourg et Bardot en somme, en plein cœur des 60’s, avec les us et coutumes, les codes intrinsèques et doctrinaires et le soleil de plomb de la cité phocéennes à Carry-le-Rouet, aussi brûlant qu’un coup de schlass dans l’abdomen, asséné par un fada à la sortie d’un bar aux clichés nocturnes du Cours Julien.

Le merveilleux collectif Aïoli Temple, hétéroclite, hybride et disparate, nous propose un véritable album concept, fortement inspiré (textes et musiques) par l’album devenu culte de Serge Gainsbourg avec sa muse Jane Birkin Histoire de Melody Nelson de 1971, lui-même ayant pour instigation majeure, les frères Coen et de leur série Fargo (entre autres…) cadavres pas si exquis que ça jonchant l’asphalte du Minnesota, le compositeur John Barry: BO de Goldfinger, Bons baisers de Russie, Amicalement Vôtre, etc… le roman de Vladimir Nabokov Lolita, qui bien plus tard, inspireront certains titres de Bertrand Burgalat.

Au risque de me répéter, quitte à passer pour un malade aux prémices neurodégénératives, que les carabins appellent sans sourciller Alzheimer, Aïoli Temple propose un authentique album à la thématique conceptuelle, dans la lignée de Histoire de Melody Nelson, Rock Around The Bunker et L’Homme à Tête de Chou de Gainsbourg, Moteur, Ça tourne, Action! Vol 1 et 2 (Disques Tchoc), Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band des Beatles, The Wall des Pink Floyd, Hamlet de Johnny Hallyday, ou encore L’Interrogation (L’?) de Dick Rivers…
Cet opus mélange astucieusement rock, pop et stéréotypes marseillais, dans un univers baroque, attendrissant, décalé et poétique. Un polar, un film noir des 50’s, chanté et en BD, qu’auraient pu jouer bien évidemment Lauren Bacall et Humphrey Bogart, dans les rues de Marseille pourtant blasées et rassasiés, par les histoires d’amour, par les scénarios romantiques et romanesques, au sein de la voyoucratie et du gangstérisme, dont les protagonistes fichés à l’Evêché, prennent sporadiquement, des allures chevaleresques, la verve et la volubilité des poètes maudits, aux accents des cigales, du chant des sirènes dans les calanques et des allégories de Marcel Pagnol. La fiche anthropométrique de Marius Paoli traîne négligemment comme un trophée, sur le bureau du chef des fins limiers, au milieu de photos de vacances en famille avec la belle-doche à La Bourboule, du portrait officiel et dédicacé de Gaston Defferre, d’une photo de l’OM avec la coupe aux grandes oreilles, du scalpe de Francis le Belge, du 45 tours Barclay de Bernard Tapie Réussir sa Vie, d’une poupée vaudou à l’effigie de Jacques Glassmann et d’un diplôme de plus gros mangeur de boudin antillais, délivré en 1980 à Trifouilly-les-Oies.

En ce qui concerne la BD en noir et blanc, façon Nestor Burma de Jacques Tardi, les excellents scénaristes Xavier Mathès et Marc Niggel et le dessinateur Marc Niggel qui fait vivre les héros de cette fiction politico-judiciairo-rock’n’roll, bien ancrée dans la barbouzerie, en les rendant plus vrais que nature, ont tronqué Brouillard au Pont de Tolbiac et Micmac Moche au Boul’Mich, contre les plages du Prado et le quartier Saint-Charles, pour un scénario palpitant qui vous tiendra en haleine du début jusqu’à son dénouement, une intrigue bien plus ensoleillé que la grisaille et les petits matins blafards à Barbès-Rochechouart.
En lisant la BD et avec un soupçon d’imagination, on pourrait presque entendre le bruit des glaçons fondre dans les verres de pastaga et les persuasifs vendeurs à la criée de rascasses sur le vieux port, vanter la fraîcheur de leurs poissons pour agrémenter la prochaine bouillabaisse. Quant au fameux et audacieux collectif Aïoli Temple, qui commence sérieusement à faire parler de lui et à défrayer la chronique, les textes fabuleux sont signés Frédéric Guidon et les musiques sont l’œuvre de l’incontournable Xavier Mathès (voix, claviers, guitare acoustique sur Paoli repose sur le sable). Toutes les formidables guitares sont quant à elles assurées par la figure de proue du rock’n’roll marseillais, je veux bien entendu parler de Daniel «Imposter» Sani, qui est loin, très loin d’être un imposteur. Quoi? Qu’entends-je? Vous ne connaissez pas le talentueux et génial Daniel Sani (auteur-compositeur-chanteur-guitariste et multi-instrumentiste!)…? Malgré Daniel Sani et les Monomaniaques chantent Jean-William Thoury (avec deux albums remarquables), malgré Batmen, The Jana’s et malgré qu’il soit le taulier des disques Tchoc, une institution qui a pignon sur rue à Marseille, Daniel Sani est un véritable esthète d’une certaine idée d’un rock’n’roll classieux et raffiné, bien que sauvage, redoutable et toujours indompté.
Quoi? Qu’entends-je? Pour vous, Daniel Sani est l’avant-centre de l’OM! Alors écoutez-moi attentivement: Préparez dare-dare votre carte vitale, le cornet acoustique du Professeur Tournesol et un entonnoir à vos mensurations de boîte crânienne, car je vais vous prendre un rendez-vous d’urgence chez un ORL, un neurologue ou le cas échéant chez un psy! A mon humble avis, vous souffrez d’amnésie cognitives, d’acouphènes, de déficiences intellectuelles, ou de folie douce. Ou alors, vous êtes complètement formatés et endoctrinés par le système médiatique, au point de vous précipiter comme des morts-de-faim sur les prochains concerts de Céline Dion, en vous saignant aux quatre veines, et alors là, je ne peux absolument rien pour vous, mes chers infortunés, sinon vous accorder ma miséricorde de passer à côté d’un artiste exceptionnel.

A l’écoute attentive de cette Histoire Navrante de Marius Paoli par Aïoli Temple, j’ai l’impression que les spectres de Serge Gainsbourg et de Melody Nelson planent au-dessus de mon sofa et j’ai l’impression de respirer des volutes de Gitanes sans filtre et des vapeurs d’alcool, qui me procurent l’ivresse euphorique, l’ivresse des profondeurs, l’extase sous-jacente. Tous les titres sont aussi intenses et ensorcelants que L’Hôtel Particulier ou Cargo Culte. C’est du grand art, Xavier Mathès abandonne intelligemment le chant traditionnel pour, à l’instar de Gainsbourg en 1971, la narration, en mettant l’accent sur certaines syllabes, où son ton et les guitares millimétrées et incisives de Daniel Sani, entre Alan Parker et Vincent Palmer, subliment et transcendent les textes de Frédéric Guidon. Le titre Scoumoune à Endoume est inspiré quant à lui de Ford Mustang, au sein duquel Murielle Moreau donne la réplique à Xavier Mathès, à la façon de Madeline Bell, jadis… Une bouteille de fluide Make-up, un flash, un browning, et un pick-up, un recueil d’Edgar Poe et un briquet Zippo. Ulysse et Elias pouvant aisément faire penser à Qui est «in», Qui est «out», un jerk avec stroboscopes, robes métalliques de chez Paco Rabanne, sublimées par Françoise Hardy, Jane Birkin et Brigitte Bardot, cuissardes de chez Courrèges, minijupes de Mary Quant et un peu d’essence de Guerlain dans les cheveux…
Aïoli Temple est un reggae façon Daisy Temple Kingston Jamaïque Aux Armes et Cætera. Afin d’entretenir le suspense de ce polar ensoleillé qui vous fera aimer Marseille, je ne vous dévoile pas son épilogue. Je dirais simplement qu’à Marseille, dans les sixties, il fallait faire très attention à un éventuel scooter roulant en sens interdit, à proximité d’un boui-boui corniche Kennedy, où l’aïoli semblait pourtant insipide. La malédiction ou la légende de la corniche Kennedy.

C’est une lapalissade, mais je clame haut et fort que cette œuvre sculpturale (BD + CD), est INDISPENSABLE, pour faire revivre le mythe de Gainsbourg, de Melody Nelson et des artères de Marseille des années 60, dont l’asphalte brûlant était parfois repeint d’hémoglobines écarlates.

– Tu t’appelles comment?
– Paoli.
– Paoli comment…?
– Paoli Marius!!

Serge SCIBOZ
Paris-Move

PARIS-MOVE, April 11th 2026

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