Julie Benko – Euphonic Gumbo (FR review)

Label: Club44 Records - Street Date: February 20, 2026
Comédie musicale
Julie Benko - Euphonic Gumbo

Ce n’est pas un album à aborder avec les attentes que l’on associe habituellement à un disque de jazz, ni même à une démonstration vocale classique. Euphonic Gumbo demande à être écouté avec une oreille différente, plus attentive à l’atmosphère, au récit et à l’intention théâtrale qu’à la virtuosité pure.

Chanteuse et actrice, Julie Benko s’est faite connaître sur Broadway, notamment grâce à son rôle dans Funny Girl, et ce projet s’inscrit bien davantage dans cette filiation que dans les codes des albums de jazz ou de chant que nous commentons habituellement. Loin de constituer une rupture, Euphonic Gumbo apparaît comme une continuité logique de son parcours de performeuse de scène, fondé sur le storytelling et l’immersion. Son origine est à cet égard révélatrice: «La première fois que Jason et moi avons visité La Nouvelle-Orléans, nous sommes tombés follement amoureux de cette ville», se souvient Benko. «L’histoire, l’architecture, la nourriture, oh, la nourriture! Les défilés, les langues, et cette manière de célébrer la musique à chaque coin de rue… c’était différent de tout ce que j’avais connu auparavant.»

Cette fascination s’est transformée en une imprégnation durable. Après plusieurs années de performances autour du thème du Mardi Gras, Euphonic Gumbo est né des expériences de Benko et Yeager au contact des parades second-line, des fanfares de rue, de l’histoire foisonnante de Storyville et de cette sensation de musique omniprésente propre à La Nouvelle-Orléans. Ce qui débute en 2022 comme un duo intimiste se transforme rapidement en un véritable spectacle au Birdland: des colliers de perles lancés au public, une parade façon second-line serpentant à travers la salle, et une galette des rois maison circulant de table en table. «Nous voulons que les auditeurs de l’album aient l’impression d’être avec nous lors de notre célébration annuelle du Mardi Gras au Birdland», précise Benko. D’année en année, le spectacle s’est étoffé, son répertoire s’élargissant jusqu’à constituer l’ossature même de l’album.

Dans cette perspective, Euphonic Gumbo relève davantage d’un travail de comédienne que d’un album de chanteuse au sens strict. Benko ne cherche pas tant à séduire par la démonstration vocale qu’à maintenir l’illusion d’un Mardi Gras vécu comme une expérience collective et immersive. Le titre de l’album est emprunté à la pièce originale de Benko, Down the Line, située à Storyville, l’ancien quartier chaud de La Nouvelle-Orléans. Dans cette œuvre, le pianiste légendaire Tony Jackson décrit sa musique «jasmin» comme un «gumbo euphonique» — un ragoût musical qui mijote lentement, gagne en richesse et en complexité, tout en restant immédiatement accessible.

Cette métaphore résume avec justesse l’ambition du disque, mais aussi ses limites. Soucieuse de présenter une large palette sonore de La Nouvelle-Orléans, Benko en propose une version volontairement adoucie et mise en forme, pensée pour l’accessibilité et la clarté narrative plutôt que pour l’âpreté historique ou la prise de risque stylistique. Le résultat se rapproche davantage d’un album de comédie musicale ou d’un projet conceptuel de Broadway que de l’hybridité brute des traditions jazz de la ville. On pourrait ainsi le rapprocher de certains projets théâtraux transversaux, où l’ambiance et la cohérence priment sur la virtuosité instrumentale ou vocale individuelle.

En tant qu’objet d’écoute autonome, l’album fonctionne néanmoins selon ses propres règles. Les arrangements sont conçus pour servir le récit, la progression évoque celle d’un spectacle vivant, et la production renforce l’impression d’être entraîné dans le déroulé d’une soirée festive plutôt que dans une simple succession de morceaux. Les auditeurs en quête de relectures audacieuses ou de ruptures stylistiques resteront peut-être sur leur faim, mais cette retenue relève ici d’un choix esthétique assumé plutôt que d’une faiblesse.

Euphonic Gumbo apparaît finalement comme l’aboutissement de plusieurs années d’exploration artistique: de l’histoire culturelle de La Nouvelle-Orléans, du talent de Julie Benko pour le récit, et d’une identité musicale en constante évolution, nourrie par les codes de la comédie musicale. «J’espère que tous ceux qui écouteront l’album auront l’impression d’être avec nous lors de notre concert de Mardi Gras», confie-t-elle, «et qu’ils pourront emporter un peu de l’esprit de La Nouvelle-Orléans partout avec eux.»

L’album ne revendique rien de plus. Il se présente comme une carte postale d’un moment festif et récurrent, un disque chaleureux, généreux, sans prétention excessive. Dans un champ artistique où ce type d’hybridation demeure rare, Euphonic Gumbo s’impose comme une œuvre accueillante et soigneusement construite, capable de séduire un large public, quitte à privilégier l’expérience à l’exploration.

Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News

PARIS-MOVE, February 2nd 2026

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Website

The ensemble on Euphonic Gumbo brings depth and vitality to the project. Yeager (piano, organ, celeste) leads a rhythm section of Michael O’Brien (bass) and Jay Sawyer (drums). The horn section,  Ron Wilkins (trombone), Andy Warren (trumpet), and Linus Wyrsch (clarinet), moves seamlessly between hot-jazz polyphony and R&B horn lines. Sasha Papernik (accordion), Justin Poindexter (strings/banjo), and Gabe Terracciano (violin) contribute essential textures rooted in Cajun and Creole traditions. Tap artist John Manzari adds a rare and dynamic percussive dimension.

Track Listing

  1. Down in New Orleans Medley
  2. Ticklin’ Time (Let the Good Times Roll/ Tipitina)
  3. The Lakes of Pontchartrain
  4. Funky Fête (Iko Iko/Tootie Ma Is a Big Fine Thing) (feat. John Manzari)
  5. Ma Belle Evangeline
  6. Pretty Baby
  7. Don’t You Come Home, Bill Bailey!
  8. St. James Infirmary (feat. John Manzari)
  9. J’ai Passé Devant Ta Porte
  10. Do You Know What It Means to Miss New Orleans? (Live at Birdland)