| Jazz |
Cet album s’adresse clairement aux auditeurs attachés aux formes les plus traditionnelles du jazz, ceux qui trouvent du réconfort dans la familiarité, la précision et une élégance vintage. Il met en avant une technique vocale accomplie et une instrumentation luxueuse, méticuleusement arrangée. Pourtant, le répertoire est composé de chansons que nous avons toutes et tous entendues des centaines de fois. Tout ici est soigné, luxueux, impeccable. Et c’est précisément ce qui le rend aussi stérile, un exercice de perfection technique qui stimule rarement l’imagination.
Le sentiment d’anachronisme est immédiat. Dans un paysage musical défini par l’expérimentation et l’expression personnelle, cet album apparaît comme une retraite, une reconstruction nostalgique du jazz des années 1950 qui privilégie la forme au détriment de l’individualité. Il rassure, mais ne provoque pas. Il offre de la beauté à distance, mais jamais d’urgence, de risque ou de vision artistique distinctive.
Cette tension est d’autant plus frappante que la chanteuse est également compositrice. Ici, sa voix créative est presque effacée. Il est difficile de discerner où l’interprétation s’arrête et où commence l’inspiration personnelle. L’album évoque une génération d’artistes que j’ai rencontrée dans les studios des années 1980 : des musiciens qui chantaient du funk le matin, du disco l’après-midi, du blues le soir, tous avec la même technique vocale impeccable mais finalement impersonnelle. Le talent était indéniable, mais leurs performances, malgré leur élégance, semblaient souvent interchangeables. Cet album rappelle cette approche professionnelle, parfaitement maîtrisée mais émotionnellement contenue.
Ce n’est pas le type de jazz que nous défendons. Pourtant, il existe un large public pour ce style, recherchant le réconfort de standards connus, d’arrangements fluides et d’une esthétique rétro. En ce sens, l’album est explicitement commercial, un fait qui n’étonnera personne au regard du parcours de l’artiste.
En 2022, Alex a travaillé pour Disney Cruise Line et faisait partie de la distribution inaugurale du Disney Wish. Pianiste à bord, elle a proposé des sets solo au piano-bar Nightingale, ainsi que des prestations en trio et en quatuor couvrant une grande variété de genres. Elle a également été l’une des artistes principales de deux des spectacles les plus populaires du navire, Victrophonics et Pirate’s Rockin’ Parlay Party, productions qui combinaient de manière inédite musique live et feux d’artifice, une première dans l’histoire de Disney Cruise Line. L’accent mis sur la virtuosité, la polyvalence et l’accessibilité de l’album s’inscrit naturellement dans ce parcours.
Avec une voix aussi raffinée, il est tentant de profiter de l’album sur un plan purement esthétique. Pourtant, l’absence d’empreinte personnelle, de prise de risque et de véritable identité compositionnelle laisse l’auditeur conscient de ce qui manque. On espère que cet album n’est qu’une étape transitoire, une préfiguration d’un projet où la créativité d’Alex Robinson pourra pleinement s’exprimer, un disque qui permettrait aux critiques de dépasser l’appréciation de la seule technique pour enfin évaluer sa personnalité artistique.
Pour l’heure, le plaisir est indéniable mais superficiel. Il est agréable d’entendre une belle voix évoluer sur des arrangements élégants. Mais le plaisir n’est pas conviction. Cet album rassure et console, mais il ressemble davantage à une vitrine polie qu’à une véritable déclaration artistique, une performance maîtrisée mais sans âme, en attendant le moment où technique et vision personnelle se rejoindront enfin.
Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News
PARIS-MOVE, January 19th 2026
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Musicians :
Alex Robinson, vocals
Jeremy Siskind, piano
Marlon Martinez, bass
Charles Ruggiero drums
Steven Robinson, trombone (1,7,8)
Tom Guerrerro, trumpet (2.8)
Doug Web, tenor saxophone (6,8)
Track Listing :
Happy to Make Your Acquaintance
Everything I’ve Got Belongs to You
I Really Oughta Tell You
If the Moon Turns Green
Very Good Advice
If I Should Lose You
Easy Living
Devil May Car
Angel Eyes
East of the Sun
One at a Time
Both Sides Now
