| Blues-Rock |
Avec déjà à son catalogue Vanja Sky, Ina Forsman, Dana Fuchs, Samantha Fish, Erja Lyytinen, Katarina Pejak, Tasha Taylor, Layla Zoe, Ghalia Volt, Katie Henry et Ally Venable, il est probable que Thomas Ruf se trouve à la tête du panel le plus féminisé de la scène blues contemporaine. On n’est donc pas davantage surpris que la guitariste et chanteuse française Élise Lounici (alias Élise Frank) publie sous son égide son second album à ce jour (après un premier essai autoproduit en quartette en 2023, “I’m A Phony And A Fraud”). Mais on se gardera toutefois des clichés et comparaisons hâtives avec ses camarades, puisque la principale influence revendiquée par cette jeune femme s’avère celle de Rory Gallagher. Et pas n’importe quelle phase de la carrière du regretté guitar hero, puisqu’il semble que la période à laquelle se réfère implicitement Élise soit celle des débuts en solo de l’Irlandais (juste après la séparation de Taste). Par-delà la reprise éloquente (et frénétique) du “Bullfrog Blues” dont Rory avait fait l’un de ses chevaux de bataille, maints indices en témoignent encore. Outre leur impavide spontanéité (la plupart de ces onze plages furent captées live en studio), autour d’Élise, le bassiste Josselin Fleury et le batteur Sébastien Gaschard reconstituent en effet, sur les planches comme en studio, la formule du trio à laquelle se tenait Gallagher dans les early seventies, et les compositions traduisent ici la même versatilité: blues languides (“Car Dealer”, “Twice On Sunday”), heavy mid-tempo three-steps (“I’m Smoking”, “Your Kind”), ballade celtique (la plage titulaire), blues-rock chaloupé et zébré de soli épiques (“How Did I”, “Car Dealer”, “If You Need Me”), bossa électrique enlevée façon “Can’t Believe It’s True” (“Double Lovin'” de Victor Brox et John Moorshead, circa l’Ainsley Dunbar Retaliation) et boogie limite glam (“She’s A Bird”, dont T-Rex aurait aisément pu tirer le sequel de “Hot Love” et “Get It On”, si nos amis ne lui avaient toutefois réservé une coda des plus incendiaires). Côté reprises, Élise se fend encore de celle du “Here Comes The Blues” de Jackson C. Frank, qu’elle exécute seule en unplugged picking, y révélant au passage toute sa sensibilité en pareil registre. Il n’est que temps de mentionner la contribution décisive de l’immense guitariste Laura Chavez (Candye Kane, Lara Price, Nikki Hill, Chickenbone Slim, Ina Forsman, Katarina Pejak, Mitch Ryder…) sur sept de ces plages (on nous annonce son album solo sur le même label d’ici la fin de ce mois). Chanteuse expressive et guitariste chevronnée, Élise Frank sait en outre s’appuyer sur une section rythmique des plus assurées, et ses références ne la dispensent en rien d’une attachante personnalité. À vérifier dès cet automne au sein de la Blues Caravan (avec Chavez), et auparavant, le vendredi 24 avril 2026, au Théâtre Charcot de Marcq-en-Barœul, dans le cadre de la saison printemps de Jazz En Nord.
Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co
PARIS-MOVE, January 18th 2026
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