| Rock |
Puisque, l’époque y incitant, on assiste une fois encore à une vague de nostalgie suspecte, demandons-nous à quel point était-ce effectivement mieux avant? Tandis que Paris-Match édite un numéro spécial intitulé “1976, la France Heureuse”, permettez à un témoin d’alors de remettre quelques pendules à leur place (selon la formule impérissable de feu-Jean-Philippe Smet). Au mitan des seventies (juste avant que la vague punk ne les incite à reprendre les choses en main), à quoi vibraient donc les teenage-boomers? Le choix était simple, bien que restreint: s’ils étaient réfractaires à la variété populaire d’alors (de Gérard Lenorman à Michel Sardou, en passant par Yves Duteil, Cloclo, Dave, Joe Dassin et Stone & Charden), mais tout autant hermétiques au prog-rock dont c’était alors l’apogée médiatique, ne leur restait plus guère que les quatre S pour secouer leurs popotins blêmes: Slade, Sweet, Sparks et Status Quo (les Stooges étaient alors défaits, et à quinze ans, Soft Machine et Santana, désolé mais ça ne le faisait décidément pas davantage). Et back to the future (donc now), qu’en est-il à présent? Tout d’abord, via Youtube et les plateformes, l’offre musicale (on n’emploiera pas, à dessein, le terme audiophile) a explosé à un tel point exponentiel que, parmi les miracles prophétisés par l’IA, on assistera même prochainement, sans s’en étonner davantage, à un récital de Richard Wagner et Elvis Presley dirigé par Herbert Von Karajan, avec pour guests Lemmy, Sid Vicious, Tupac Shakur et Bob Marley. Au milieu d’une telle confusion (que seul Philip K. Dick aurait pu imaginer et prédire), où la génération Alpha va-t-elle donc pouvoir puiser matière à s’extasier un brin? Profitant des opportunités technologiques à disposition (ainsi que du patrimoine génétique de 70 ans de musique de jeunes – apprécions l’oxymore), le post-post-rock actuel explose, tel une supernova, en une multitude de flammèches distinctes, parmi lesquelles la chatte la plus perspicace ne distinguerait sans doute pas ses petits. Depuis Limoges, capitale mondiale de la porcelaine, scintille pourtant depuis une dizaine d’années l’une de ces formations mutantes engendrées par le marasme du millenium. Comme il semble que l’on puisse désormais former un groupe à un seul membre, Dirty Rodeo a résolu de doubler la mise. Après avoir publié un premier EP en 2016 (suivi d’un album en 2018), ces deux authentiques frères de sang (Polo, guitare et chant, et Alex, batterie et chant) ont persisté en réalisant un second EP en 2019, avant, COVID oblige, de mettre les quatre dernières années à profit pour commettre le come-back le plus fracassant possible avec cet “At Least We Try”, substrat absolu de leur art agité. Vous connaissez mon penchant assumé envers les références, mais si certaines plages inclinent bien à songer furtivement aux Smashing Pumpkins (“Waiting For The Sun”, sans relation avec le titre homonyme des Doors) ou encore à Stiff Little Fingers seconde époque (“Paralyzed”, “We Were So Sad Before”, “Summer”), voire à nos non moins chers Menzingers (“Smiling And Starving”, “Give me A Sign”), Dirty Rodeo n’en vient pas moins d’abattre une carte maîtresse avec cette grenade à fragmentation, dont la high energy ne manque à aucun moment de convoquer une fibre mélodique sans appel. Si vous voulez consulter le bulletin de santé du rock en 2026, c’est ici qu’il faut s’adresser.
Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co
PARIS-MOVE, January 11th 2026
Follow PARIS-MOVE on X
::::::::::::::::::::::::::