Malted Milk – Time Out (FR review)

Blues Productions/Modulor – Street date : February 27, 2025
Funk, Soul
Malted Milk – Time Out

Malted Milk, un Time Out pour mieux relever la barre de la soul européenne

À une époque marquée par l’épuisement, politique, culturel, émotionnel, l’idée même de marquer un temps mort ressemble moins à un luxe qu’à une nécessité. Il n’est donc pas anodin que Time Out soit le titre du huitième album de Malted Milk, l’un des groupes européens les plus accomplis et pourtant les plus discrètement reconnus de ces vingt dernières années. Il est d’ailleurs rare que j’écrive sur le blues français, ou sur ses genres connexes, pour une raison simple: la plupart des formations hexagonales, malgré leur bonne volonté, restent très éloignées du niveau d’exigence et de constance que Malted Milk maintient depuis plus de deux décennies. La longévité est déjà remarquable en soi; la régularité à ce niveau relève, elle, de l’exception.

Depuis la fin des années 1990, Malted Milk sillonne inlassablement les routes d’Europe, construisant son public album après album, sans quasiment jamais manquer sa cible. Ce succès n’est ni le fruit du hasard ni celui de la nostalgie: il repose sur une discipline rigoureuse, une culture musicale profonde et un degré d’exigence artistique peu commun.

Le groupe voit le jour à Nantes en 1996, lorsque le guitariste et chanteur Arnaud Fradin s’associe à l’harmoniciste Emmanuel Frangeul autour d’une passion commune pour le blues rural et sudiste de Lightnin’ Hopkins, Skip James ou Robert Johnson. Le choix du nom relève déjà du manifeste: Malted Milk, emprunté à un titre de Robert Johnson, annonce d’emblée à la fois la filiation et le respect des racines. Conçu à l’origine comme un duo acoustique, le projet évolue rapidement avec l’arrivée d’une section rythmique, basse, claviers et batterie, permettant au groupe d’explorer des formes de blues plus urbaines et plus électriques, sans jamais renier ses fondations.

Le premier album, Peaches, Ice Cream & Wine, sorti en 1999, puis Easy Baby en 2005, installent leur réputation sur disque autant que sur scène. Ces albums sont défendus dans les plus grands festivals de blues européens, mais aussi lors d’une tournée de quatre mois en 2002 à Memphis et La Nouvelle-Orléans. Un périple qui tient moins de la stratégie de carrière que du pèlerinage, vers les sources du blues et, plus largement, vers l’histoire fondatrice des musiques noires américaines.

Je les ai reçus en live il y a bien longtemps; une vidéo de cette prestation circule encore sur le web. Ce qui frappe, au-delà de la précision technique, c’est la réaction immédiate du public: d’abord le silence, puis l’absorption totale, enfin la libération. Le son de guitare d’Arnaud Fradin est chaleureux, jamais démonstratif, les cuivres d’une rigueur chirurgicale, et le groupe avance comme un seul corps. Malted Milk, ce sont des musiciens de culture au sens le plus noble du terme, portés par une exigence artistique sans compromis. Ils savent construire un concert, en maîtriser le rythme, tenir un public sans jamais tomber dans l’esbroufe. Dès les premières notes, la salle leur appartient.

S’il existe un lien entre Time Out et les albums précédents, il se situe du côté des inspirations plutôt que de l’exécution. Pour le reste, le groupe pousse encore plus loin ses standards de qualité. Chercher à enfermer Malted Milk dans une case stylistique n’a finalement que peu de sens. Il s’agit d’un groupe en perpétuel renouvellement, qui rend hommage aux traditions musicales afro-américaines tout en retravaillant les structures rythmiques, les arrangements de cuivres et les grooves avec une remarquable aisance. On peut y percevoir des échos de grandes revues soul, de collectifs funk contemporains ou de formations aux sensibilités jazz, jamais de la copie.

Bien que n’étant pas américain, Malted Milk a manifestement intégré une part essentielle de la culture musicale des États-Unis, tout en affirmant une identité propre, clairement identifiable. Cette évidence m’apparaît encore davantage depuis que j’ai quitté la France. Aux États-Unis, un groupe comme Malted Milk pourrait figurer sans difficulté à l’affiche d’un festival de soul, de funk ou de jazz, sans que cela ne surprenne qui que ce soit, bien au contraire. Leur musique y serait perçue comme légitime, enracinée et singulière. Pour un public américain qui les découvrirait, on pourrait évoquer la rigueur d’un grand groupe de soul classique alliée à la curiosité des projets groove contemporains: une musique qui respecte la tradition sans jamais s’y figer.

Time Out porte pleinement son titre. Il suggère une pause, une suspension du mouvement, une invitation à prendre du recul pour envisager un avenir plus apaisé. Musicalement, l’album se déploie avec une fluidité remarquable: de l’afrobeat hypnotique du morceau éponyme au boogaloo décadent de «I Feel Numb», de la ballade intime «What a Night» au funk souple de «It’s Alright». L’ensemble témoigne d’une grande maîtrise des arrangements et des textures.

Comme tous les grands albums, Time Out semble se terminer trop vite. Il appelle naturellement à des écoutes répétées et a déjà effectué plusieurs rotations sur ma platine CD. On notera également la présence de Ben l’Oncle Soul, autre artiste francophone partageant des affinités musicales profondes avec Malted Milk, bien que leurs trajectoires stylistiques diffèrent.

Aujourd’hui, Malted Milk s’impose comme l’un des meilleurs groupes européens, et Time Out ne fait que confirmer ce statut. Leur écoute procure un plaisir comparable à celui que suscitaient jadis les albums d’Otis Redding, Marvin Gaye ou Ray Charles, mais à travers une sensibilité moderne et une identité clairement affirmée. Il ne s’agit pas de revivalisme, mais de continuité. Time Out apparaît moins comme un aboutissement que comme une respiration avant le prochain chapitre. Une chose est sûre: comme tous les albums de Malted Milk, celui-ci est particulièrement, et dangereusement, addictif.

Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News

PARIS-MOVE, January 8th 2026

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Musicians :
Arnaud Fradin (guitar/vocals)
Igor Pichon (bass)
Damien Cornelis (keys)
Richard Housset (drums)
Eric Chambouleyron (guitar)
Vincent Aubert (trombone)
Pierre-Marie Humeau (trumpet)

Track Listing :
What A Night
I Feel Numb
Time Out (feat Le Bim)
Superchil
Don’t you make plans on rainy days (feat. Ben l’Oncle Soul)
Nidnight Hour
Shouldn’t talk about it
It’s alright