JOE GOLDMARK – Blue Steel

Lo-Ball Records
Pedal-steel

S’il est un instrument connoté à la country music, c’est bien la steel-guitar. De Leon McAuliffe (qui accompagnait Bob Wills) à Sneaky Pete Kleinow, ce son ondoyant (hérité, comme celui du bottleneck dans le blues, des guitaristes hawaïens) a amplement infecté le rock, depuis les premiers Eagles et Steely Dan jusqu’au J.J. Cale de “Precious Memories”, ainsi que les Stones de “Faraway Eyes” et Neil Young circa “Harvest”. Né à Tucson, Arizona, Joe Goldmark ne semblait pourtant pas prédestiné à adopter cet emblématique accessoire, puisqu’il commença par prendre des cours de violoncelle dès l’âge de neuf ans. Après s’être immergé, comme tant d’autres représentants de sa génération, dans le garage rock des sixties américaines, il se retrouva bassiste de soul bands quand sa famille émigra à San Francisco. Joe Goldmark y connut son épiphanie en assistant à un concert des New Riders Of The Purple Sage (où Jerry Garcia officiait à la pedal-steel), et tomba illico raide dingue de l’instrument. Avec pas moins de neuf albums à son actif (trois vinyls et six CDs), ce brave Joe a entrepris de sortir ce singulier ustensile des carcans et clichés auxquels on le confine encore trop souvent. Après avoir commis le remarquable “Steeling The Beatles” (double sacrilège, tant pour les country-purists que pour ceux des Fab Four), Joe ose avec ce “Blue Steel” ce à quoi aucun Nashvillien ne se risquerait (sous peine d’excommunication du Grand Ole Opry): un album éclectique, mixant sans complexe classiques soul (“All Night Worker” de Rufus Thomas), blues (“The Wobble” de Jimmy McCracklin, “Beautician Blues” de B.B. King), voire reggae (“Natty Dread” de Bob Marley!) avec des titres plus ouvertement country-friendly (“True Love Travels On A Gravel Road”, ou “Look What Thoughts Will Do” de Lefty Frizell), ainsi que quelques tours de force instrumentaux de son cru. À l’arrivée, un album aussi réjouissant qu’iconoclaste, et la démonstration éclairante qu’en dépit du Stetson qu’il arbore fièrement, la pedal-steel n’est en rien cantonnée aux arrières-salles de saloons.

Patrick Dallongeville
Paris-MoveBlues Magazine, Illico & BluesBoarder