KARL ZÉRO & THE WAILERS – HiFi Calypso

Frémeaux & Associés / Socadisc
World Music
KARL ZÉRO & THE WAILERS:

Sacrés Wailers ! Réduits à cachetonner comme de vulgaires licenciés de Moulinex ou de Firestone, ils en ont descendu des échelons, depuis le “Aux Armes Etc.” d’un Gainsbarre déjà en panne d’inspiration (mais jamais décalé en matière d’opportunisme). Il est vrai que perdurer sur la légende d’un leader prématurément disparu relève souvent du surf par forte houle (demandez donc à Mitch Mitchell et Noël Redding – ah flûte, trop tard…). Pour ce touche-à-tout de Karl Zéro, l’équation est toute autre. Ayant eu soin de ne jamais placer tous ses œufs dans le même panier, ce dilettante protéiforme a toujours gardé plusieurs fers au feu. Non content d’avoir successivement lancé sa propre chaîne web et son propre magazine papier, sa boîte de prod (Société Secrète), s’est également réservé, parallèlement à ses programmes Zérorama et Le Vrai Journal sur Canal+, une niche d’éditions sonores, dont Frémeaux réédite à présent le second volet (initialement paru chez Naïve, accompagné d’un DVD making of en édition limitée). Plus ou moins librement inspiré de l’ovni audiophile que représente “Calypso Is Like So” (l’album proto-mento que s’octroya en 1957 Robert Mitchum avec des musiciens du cru, au terme de ses pérégrinations caribéennes, et artefact devenu culte avec la patine du temps), ce “HiFi Calypso” révèle pour principal point commun avec son modèle le parti-pris du toc revendiqué. On se trouve en effet plus souvent ici à la frange de la parodie potache (façon Henry Cording, Moustache ou Jean Yanne avec le rock en leur temps) qu’en présence d’un pastiche appliqué. Comment expliquer sinon la présence iconoclaste d’adaptations plan-plan du “Mamadou Mé Mé” de Nino Ferrer et de l’indépassable “Salade De Fruits” popularisé par Bourvil, Sacha Distel et Line Renaud? Pour le reste, le répertoire d’Harry Belafonte est prévisiblement mis à contribution (“Jamaica Farewell”, “Coconut Woman”, “Jump In Line”,  “Man Smart”…), et la seule reprise de Bob Marley (“Nice Time”) donne lieu à une transposition de circonstance avec cuivres, chœurs féminins et steel drums. Ceux qui s’amusèrent jadis de la prononciation anglaise d’Antoine de Caunes dans Rapido se régaleront de l’accent résolument non-oxfordien de ce bon Karl, flanqué de son inséparable Daisy D’Errata. Seuls véritables Wailers historiques présents, le grand claviériste Tyrone Downie, le guitariste Al Anderson et le trésor vivant de la basse jamaïcaine Aston “Family Man” Barrett (son frangin batteur, Carlton, fut assassiné en 87) apportent leur caution et leur savoir-faire à cette aimable pochade, renforcée d’une jubilatoire paire de cuivres et du concours discret du vétéran des studios français, le guitariste Slim Pesin (dont on reconnaît le toucher de slide sur le savoureux “Jamaïca Farewell”). Deux anecdotes pour conclure: Karl envisageait initialement d’enregistrer aux légendaires studios Tuff Gong de Kingston, mais Bernard Lavilliers l’en dissuada, en raison du climat délétère et corrompu qui entoure les lieux. Et enfin, pourquoi aller chercher si loin ce que l’on a sous la main, puisque Tyrone Downie réside désormais sur les hauteurs de Montpellier?

Patrick Dallongeville
Paris-MoveBlues Magazine, Illico & BluesBoarder

PARIS-MOVE, February 17th 2021

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KARL ZÉRO & THE WAILERS – HiFi Calypso: Incroyable mais vrai, l’album a droit à sa page Wikipedia, et c’est ICI

KARL ZÉRO & THE WAILERS – Take Me Back To Jamaica (Instrumental Version):

KARL ZÉRO & THE WAILERS – Reportage à Dax (2003):

A commander sur le site du label, ICI