Bob AZZAM & son orchestre – Mezze à la Azzam – 1959-1962

Frémeaux & Associés / Socadisc
Chant World vintage

Dans les années 50, peu avant l’avènement mondialisé du rock n’ roll, le peuple de la nuit avait déjà besoin de se trémousser. Des deux côtés de l’Atlantique (comme de ceux de la Méditerranée), des ensembles de rythmes et de danse se vouaient alors à satisfaire ce besoin aussi légitime que naturel. Comprenant les opportunités de cette demande, une ribambelle de chefs d’orchestre investit ce marché, parmi lesquels un musicien aussi cosmopolite que le Libanais Wadih Georges (aka Bob) AZZAM, né en 1925 à Alexandrie. Défonçant les hit-parades avec trois hits consécutifs, entrés depuis au patrimoine (“Mustapha”, “Fais Moi Le Couscous, Chéri” et “C’est Écrit Dans le Ciel”), cet entrepreneur en électronique ne tarda pas à se tailler une place aussi enviable que fugace dans le paysage des variétés françaises. C’est qu’avec le twist et les yéyés en embuscade, les déhanchements à la papa n’allaient pas tarder à céder le pas à ce rock anglo-saxon qui dominerait la décennie suivante. Comme l’a signalé en son temps ce grand défricheur d’incongruités orientalisantes que demeure Jonathan Richman, cette anthologie (pertinemment annotée par Philippe Comoy) déploie l’éventail jovial et insouciant par la grâce duquel AZZAM et son ensemble ensoleillèrent les nuits européennes. Rock n’ roll à la mode shish-kebab (Ali Baba Twist”), adaptations du “Cha Cha Mambo” de Tito Puente (voire de pastiches italien et suisse tels que “Dracula Cha Cha Cha” et “Ven Aqui A Bailar”), de gospel en twist (“Amen”), d’afro-cubain de qualité (“La Pachanga”, “Ismaïla”, “Viens À Juan-Les-Pins”), swing jazz instrumental rétro (“Basel Street Blues”), reprises des Coasters, Paul Anka et Jimmy Duncan (“Fleur Du Diable” pour “Poison Ivy”, “You Are My Destiny” et “My Special Angel”), voire variété ritale héritée de Marino Marini (“Love In Portofino”, “Romantica”), on demeure interdit devant la fraîcheur sonore et instrumentale de ces ritournelles, alors pourtant sans autre prétention que le divertissement.

Patrick Dallongeville
Paris-MoveBlues Magazine, Illico & BluesBoarder

PARIS-MOVE, June 21st 2019