Blues d’automne au Festival ‘Blues des 2 Rivières’

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               Blues d’automne au Festival ‘Blues des 2 Rivières’





Reportage : Frankie Bluesy Pfeiffer, Jean-Marcel Laroy et Michel Enfert (Blues Magazine)
Réalisé les 1 et 2 octobre 2010 à Benac’h (Belle-Isle-en-Terre)
Photos : © Frankie Bluesy Pfeiffer





Festival breton de référence pour le blues mais aussi incontournable pour toutes les formations qui aspirent à gagner un Tremplin, ce dernier ouvrant la porte à plus de 10 Prix pour le lauréat, le festival ‘Blues des 2 Rivières’ figurait donc obligatoirement dans notre carnet de route de cet automne.

Comme au Buis, à Lax, à Vélines et dans bon nombre d’autres festivals où nous nous sommes rendus cette année encore, nous avons beaucoup apprécié la qualité de l’accueil et cette générosité sans bornes de tous les bénévoles qui forment la cheville ouvrière indispensable à la réussite de ces manifestations.

A l’affiche de cette 9ème édition, des artistes amenés par Alain Leclerc (association Blues Qui Roule), dont le fameux Tim Lothar Petersen, accompagné ici par le chanteur-harmoniciste Peter Nande, et que j’avais eu le plaisir d’interviewer pour Blues Magazine à l’occasion de la sortie de son premier album solo.

Première étape de ce festival, vendredi soir, la crêperie Ty ar Chrampouez où Tim Lothar, justement, et Peter Nande nous proposent un premier concert ‘unplugged’ avant leur prestation du lendemain, sur la grande scène du festival.


Le dîner terminé, nous quittons Tim Lothar et son compère pour nous rendre à la salle polyvalente où les lauréats du Tremplin de l’édition 2009, le duo Hobo Blues, commence son set en nous interprétant un bien beau mélange de reprises de vieux standards et de compos. Devant un public enthousiaste et emballé par le rythme des vieux blues interprétés avec brio par le duo, les Hobo Blues font honneur au nom qu’ils portent, titre d’une chanson signée John Lee Hooker et Bernard Besman. Un duo à la scène comme à la ville et qui, à l’image des hobos du siècle dernier, transporte sa musique en arpentant les routes de l’hexagone. Un duo que l’on reverra bientôt, en novembre, au Tremplin de Blues sur Seine et qui sera, c’est sûr, un redoutable candidat dans la catégorie électro-acoustique.


Seconde formation de la soirée, le Lone Rhino Club se lance d’entrée dans un jump blues déjanté à l’image de son leader, un lascar à la coiffure à la Carlos Santana époque Woodstock et qui se démène comme un pantin désarticulé devant son clavier. L’effet est assuré, immédiat, et la salle bascule, tangue au rythme du combo. Les reprises de Muddy Waters et B.B. King alternent avec des compos chantées en espagnol.
La température a brusquement monté dans la salle et le groupe n’en finit plus de revenir, rappelé par un public aussi déchaîné que le chanteur de la formation ibérique. Une formation qu’il serait bon de faire tourner dans l’hexagone tant elle apporte de chaleur et de bonheur à son public.




Après plusieurs rappels, le public voit le Lone Rhino Club quitter la scène pour laisser place à la tête d’affiche de la soirée: Paul Cox et Charlie Fabert. Voix et guitare. Paul Cox, c’est une voix puissante, qui déménage et qui arrache tout sur son passage. Charlie, lui, c’est la finesse et le doigté d’un génie de la six cordes qui vous joue de la Fender comme si n’importe qui pouvait en faire autant, avec un naturel désarmant.
Le duo s’entend à merveille et ce n’est donc pas une surprise si on les retrouve tous deux en tournée en France comme de l’autre côté du Channel. Paul Cox interprète des titres de ses différents opus, dont l’excellent ‘Real World’ réédité par le label anglais Note Music avec 5 titres ‘live’ en bonus tracks, s’il vous plaît.
Seul regret pour les musiciens comme pour les spectateurs, le fait que les nombreux rappels du Lone Rhino Club ont beaucoup retardé la montée sur scène de Paul et Charlie, et ils sont déjà quelques uns à quitter la salle avant même la fin du concert, l’heure tardive et l’appel matinal pour se rendre au travail le lendemain matin ne leur permettant pas de rester aussi longtemps que souhaité.
Dommage, car le duo a vraiment assuré jusqu’au bout de la nuit, enchaînant même plusieurs rappels devant un parterre amaigri mais conquis.




Le lendemain midi, à la même crêperie de Belle Isle en Terre, c’est King Rollo, un barde-chanteur-guitariste qui nous accueille, accompagné sur plusieurs titres par Yves Abram à l’harmonica.

Déjeuner rapide afin d’être présents à 14 heures dans la grande Halle où se déroule la finale du Tremplin. Trois formations se succèdent, le hasard faisant d’ailleurs que ce sont tous trois des duos: Blues In Veins, tout d’abord, suivi de TF JASS et des futurs vainqueurs, la chanteuse Shannon accompagnée du guitariste Thierry Anquetil.

Soulignons tout de même qu’à l’applaudimètre ce fut le duo TF JASS qui fut le plus acclamé, avec même demande de rappel après une interprétation acoustique réellement exceptionnelle de ‘Voodoo Chile’, de Jimi Hendrix,…mais le règlement étant le règlement (dixit le maître de cérémonie), il ne fut pas question de dépasser les vingt minutes allouées à chaque formation.
Peut être parfois trop éloignés d’un style blues traditionnel, le duo TF JASS a vu le premier prix lui échapper après avoir déjà vu lui échapper le prix acoustique au Tremplin de Blues sur Seine 2009. Une formation dont nous vous recommandons toutefois leur premier opus intitulé TF JASS, tout simplement, et que vous pouvez vous procurez en les contactant via leur page MySpace www.myspace.com/tfjass ou par e-mail à sprezat@free.fr





Un Tremplin qui se termina par un concert gratuit proposé par les Cotton Belly’s et pendant lequel un artiste au talent indiscutable, Tassuad, avait ‘croqué’ artistes et membres du jury.





A 21 heures, retour à la salle polyvalente pour assister à une formidable prestation de Big Daddy Wilson. Personnage impressionnant à la voix chaude et profonde, Big Daddy a enthousiasmé le public alors même qu’il est resté assis derrière ses congas durant tout le concert. Magie de cette voix qui vous envahit, vous fait frissonner, vous fait taper du pied et battre des mains. Magie d’un regard que l’on sent intense derrière ses grosses lunettes noires. Magie de ce blues qui unit musiciens et spectateurs et qui fait d’un concert comme celui-ci un moment que l’on n’oubliera jamais, surtout lorsque l’on sait que ce grand gaillard originaire de Caroline du Nord a travaillé dans des plantations de tabac et de coton, qu’il quitta l’école à 16 ans et s’engagea dans l’armée avant de se retrouver en Allemagne, où il y rencontra sa future femme. C’est d’ailleurs en Allemagne qu’il écouta pour la première fois du blues en assistant aux concerts de Luther Allison, Louisiana Red et Jack Dupree, notamment.




Présents cette fois sur la grande scène, le duo Tim Lothar & Peter Nande a le redoutable honneur de succéder à un Big Daddy Wilson charismatique. Mais tout comme la veille à la crêperie, le duo danois sait adapter sa musique à la salle et au public. Et tandis que Tim chante son blues poisseux du Delta, le public s’assoit, en totale communion avec les deux bluesmen du Nord de l’Europe. Comme si le Delta avait dépassé les frontières et s’était élargi jusqu’à Belle-Isle-en-Terre.
En maître de cérémonie, Peter Nande descend dans le public tout en jouant de l’harmonica avant de souffler son blues dans une jarre vide puis de frapper de manière chamanique sur une grande bassine avec un manche à balai. Comme le faisaient sans doute les esclaves, le soir, après leur dure journée de labeur dans les champs de coton.
Pari réussi pour le duo, et c’est une véritable ovation qui les accompagne tandis qu’ils retournent en coulisse, laissant la place à celle qui est annoncée comme la meilleure chanteuse de Cincinnati des années 1996 et 1998, Sweet Alice Hoskins, accompagnée par le groupe Them Bones Blues Band.




Mais ce qui aurait du être le clou de la soirée s’est avéré quelque peu décevant, sans doute lié à un décalage horaire pas encore digéré, même si, pourtant, Larry Mallott à la basse et Allen ‘Little’ Al Thomas à la guitare et au chant semblaient avoir la pêche.
Them Bones Blues Band, un groupe à ne pas confondre avec les rockeurs Them Bones de l’Ohio et qui n’a rien à voir non plus avec le titre de la chanson du groupe américain Alice In Chains, la formation de Larry Mallott portant le nom de Them Bones Blues Band bien avant que les AIC ne sortent ce titre,…et avec la précision Blues Band, en plus.

Même si quelques ‘gardiens du temple’ blues ont fait la grimace face à quelques mimiques sexy et gestuelles provocatrices de Sweet Alice Hoskins (mais faites en relation avec les paroles des chansons…!!!!) et un manque de punch vocal, nous n’avons pas boudé notre plaisir et avons pris notre pied à l’écoute de ‘I got to move’ et de ‘I know the score’, deux des titres que vous pouvez d’ailleurs retrouver sur l’album de Allen ‘Little’ Al Thomas et qui est annoncé comme quasi épuisé. A se procurer donc avant qu’il ne soit trop tard…!




Grand coup de chapeau encore à la qualité de l’organisation de ce festival, à l’accueil exceptionnel réservé aux musiciens, à la presse comme au public et qui fait de ce festival d’automne l’un des grands moments de Blues de chaque fin d’année. Un festival qui propose également en ‘off’ un ‘Blues en bar’ qui a vu cette année les Cotton Belly’s, Alex Mirey, Catfish Blues, King Rollo et Tim Lothar & Peter Nande jouer au Castel, au Fleury, à l’Union, aux Halles ainsi que dans les crêperies Ty ar Chrampouez et Louargat, preuve qu’en Bretagne, tous les lieux ont le blues. Des lieux où je convie de vous rendre, en automne 2011…!

A consulter:
www.bluesdesdeuxrivieres.com


Remerciements à Marcel Allain, Président du Festival, à Guy Le Rest, Vice-Président, à Alain et l’association "Blues Qui Roule" ainsi qu’à tous les bénévoles qui ont fait de ce festival un événement apprécié par tous.