Un artiste à (re)découvrir: Francis Voignier

L'hiver 54, ça vous rappelle quelque chose? Un coup de gueule d'un certain Abbé Pierre dans le froid d'un hiver rude et meurtrier. Un abbé qui montait au créneau pour parler de ceux qu'on oublie, les laissés pour compte, ceux qui souffrent dans une situation précaire. Hé bien 1954 a connu aussi un autre cri. Quelques mois plus tard, à Nancy, c'est Francis Voignier qui devait pousser les siens, le 7 novembre exactement!
 
Il a fallu attendre ses 13 ans pour qu'il attrape une guitare et que l'idée d'intégrer un groupe lui chatouille l'esprit. Dans un premier temps, il suit des cours de flûte et de contrebasse au Conservatoire, mais son amour, il le voue à la guitare, et plus précisément électrique. Jeff Beck, Carlos Santana, Zappa, Jimi Hendrix et Eric Clapton, pour ne citer qu'eux, ont laissé des traces. Vint le temps pour Francis Voignier de se rapprocher de la scène Rock et Londres fut pour lui la destination évidente: il y trouve ses émois musicaux auprès de musiciens et d'un public réceptif et connaisseur, jusqu’à son départ pour les Etats Unis. Il vécut quatre ans à New York où il joua avec quantité de musiciens, mais au fond de lui l'état d'esprit qui y régnait ne lui convenait pas. Ce n’était décidément pas le lieu ou lui et sa musique pourraient s'épanouir.

 

Le 8 Décembre 1980, il vivait alors près de Central Park, sur la 73° Rue, il apprit et vécu la disparition de John Lennon, comme quantité de New Yorkais, en silence, mais avec une peine immense dont il mit plusieurs semaines à se remettre.
 
Pour lui était venu le temps de partir vers d'autres horizons. Son choix se porta vers la Californie. Il s'installa à San Francisco en 1982, et y resta 10 ans avant de remonter plus au Nord. C'est là que Francis Voignier décida de poser ses idées, comme ses valises. Là où les évidences s'imposent d'elles même. Il se plait à dire qu'il avait agi alors comme on effectue un réglage de la netteté de l'objectif d'un appareil photo. Une mise au point, en quelque sorte.
 
Le style de Francis Voignier, c'est d'abord une ode à la vie, au monde, avec ses couleurs et ses côtés obscurs. Et dans sa voix comme dans le choix de ses sons, tout s'y retrouve. Il retranscrit dans sa musique des situations qu'il a vues ou entendues, de façon abstraite parfois. En utilisant le symbolisme ou des jeux de mots il s'amuse à créer des mondes avec des instrumentaux fabuleux ou déconcertants. Un de ses albums, entièrement instrumental, ‘Ghetto’, laisse l'imagination faire le reste!
 
Les albums de Francis Voignier ont cela de commun qu'ils traitent de son regard sur le monde qui l’entoure. Un côté réaliste appréciable, pas une critique perpétuelle, mais des coups de pieds dans les consciences. Dans son album ‘Service Road’ (2008) il traite de tout le déclin industriel: l'histoire avant et après, la beauté latente de tout ce qui se décompose. Il n'y a, pour lui, pas que de la tristesse: l'art musical sublime cette réalité. Il fait état de la vie prolétarienne et de l'impact de l'industrie sur l'environnement, un sujet très cher au cœur de Francis.
Comment Francis Voignier procède-t-il? Il écrit sur des personnes ou des choses qui généralement seraient passées inaperçues. Son talent est de pointer ses notes, nombreuses, sur des rythmes et des arrangements jusqu'à la dénonciation ouverte de cette mort au monde face à l'industrialisation.


 
Dans cette optique, il s'est ouvert à des collaborations ‘interfrontières’ dans le cadre de son My Space: Eric Larmier (http://www.myspace.com/ericslidemusic) qui apporte sa touche au travers de son jeu de slide, ainsi que Jean Michel Chapron (http://www.myspace.com/jeanmichapron) qui offre un nouveau rythme à quelques uns de ces derniers morceaux.
 
Exigeant, Francis Voignier est un homme très dur avec lui même, dans le sens où il recherche la perfection dans ses arrangements, ses sons et les différents types de guitares utilisées. Avec Eric, dit ‘Ericslide’, il a trouvé son ‘double’ et est fier de transmettre cette énergie autour de lui ainsi que de partager tout ce qu'à présent il travaillait seul, du côté de la Californie.
 
Ses deux albums ‘Margin of Error’ et ‘Harder the Fall’ traduisent cette comédie humaine et la volonté de faire comprendre que dans nos sociétés, quelles qu'elles soient, chaque individus est responsable d'un autre et que nous sommes quelque part tous coupables des drames qui s'y déroulent. Comme un reportage choc, les textes de Francis Voignier sont forts, émeuvent et donnent à réfléchir. Mais au delà des textes, c'est tout un flot musical singulier et atypique qui nous attire: des notes multiples, des sonorités particulières (comme cette impression d'entendre sonner des cors alors que ce sont en fait des jeux de guitares aux effets bien particuliers), une complexité de style, une richesse certaine!


 
Son album ‘Fools Parade’, sorti en 2006, est l'album le plus engagé politiquement. Il dénote déjà avec l'humour acide de la pochette la stupidité humaine.
 
Francis Voignier a quitté le sol français il y a longtemps et il a trouvé sa voie sur le sol Californien. Espérons que grâce à ses dernières collaborations avec les petits frenchies cités ci-dessus, l'accueil de son prochain CD, prévu pour la fin de l'année 2009, sera aussi bon en France qu'outre Atlantique.
 
Virgin B.
 
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